Depuis 5 ans, chaque 1er décembre, journée internationale de lutte contre le sida, à l’initiative de Paul Galand (Ecolo) une commission réunie de tous les parlementaires francophones de Belgique débat de la question du VIH sous ces différents aspects.

La dernière fois, le 1er décembre 2008,  il devait y avoir à tout casser 5 députés pour écouter des scientifiques et des médecins parler de l’évolution de la maladie, des nouvelles stratégies curatives et préventives, en particulier en Afrique, et plus précisément encore, en RDC. Et des implications politiques que cela implique.

Pas grand-monde pour entendre par exemple que l’Afrique se contente des antirétroviraux depuis longtemps abandonnés par les pays riches, médicaments de premières générations qui favorisent la mutation du VIH et constituent en eux-mêmes, mais aussi par l’absence de politique sanitaire valable, une véritable bombe à retardement pour l’humanité entière.

Je mets dès lors … ma main à couper  : il n’y avait pas dans l’assemblée cette fois-là au Parlement de la Communauté française un seul des signataires de la toute fraîche résolution votée ce jeudi soir au Parlement fédéral visant à condamner les propos de Joseph Ratzinger sur le préservatif.

Une réunion de parlementaires le 1er décembre, c’est devenu tellement banal. Plus aucun intérêt à y assister pour un mandataire public. En proportion directe avec la couverture médiatique. Mais les propos du pape dûment relayés par la presse en pleine période électorale, voilà qui déclenche évidemment beaucoup plus d’initiatives.

Je me suis frité avec pas mal de personnes sur cette question ces derniers jours;  ça m’a valu des engueulades, des claquements de porte, et peut-être des froids persistants.

Maintenant que la tension est un peu retombée, et qu’on va très vite passer à autre chose, deux références quand même, issues toutes les deux de ma lecture régulière de Libé. Pas celle de l’Osservatore Romano donc. Mais bien plutôt celle d’une gazette qui de temps en temps se plaît à remettre l’église au milieu du village, quitte à perdre des fidèles.

Le pape et les crieurs

Dans Libé donc, le 23 mars, Daniel Schneidermann, dans sa critique des médias, épingle l’unanimisme suspect des médias, des politiques, etc. dans leur réaction aux propos du Pape en route pour l’Afrique. Extrait à propos des relents, si pas racistes, en tout cas post-colonialistes, des commentaires outrés :

Chacun présuppose donc que les Africains, ayant entendu le pape, vont comme un seul homme, ou une seule femme, renoncer à se couvrir. Comme chacun sait, l’Africain est un grand enfant. Que parle le grand sorcier blanc et, suspendu à ses lèvres, l’Africain l’écoutera dévotement. Les catholiques africains écoutent-ils vraiment davantage le pape que les catholiques occidentaux qui, dans leur chambre à coucher, depuis que les papes papisent, ont appris à ne pas écouter les papisations, et à faire exactement ce qu’ils veulent ?

Une semaine plus tard, c’est Eric Favereau, journaliste, qui se fend d’une opinion qui remet en cause le dogme de la capote. Oui le préservatif est nécessaire. Oui il combat l’épidémie. Mais :

(…) peut-on s’arrêter là ? Aujourd’hui l’épidémie a plus de 28 ans. Elle a changé. Et elle se poursuit. Chacun paraît comme enfermé dans son rôle, brandissant sa saine colère, clouant au pilori le pape. Et après ? Enfermer le débat autour du seul préservatif est contre-productif. Ainsi que dire à un gay qui explique combien il est difficile pour lui de mener toute une vie sexuelle sous préservatif ? Lui répéter «ce n’est pas grave, vous en mettez un quand même» ? Et s’il n’en met pas ? Comment donner les moyens aux femmes africaines de se protéger, quand elles ne peuvent imposer le préservatif ?

La résolution du Parlement belge est bien gentille. Elle ne modifiera en rien le sort des personnes qui meurent du Sida dans le monde, là-bas plus qu’ici. Pas de budget supplémentaire, pas de stratégies revues, pas d’effort particulier pour, par exemple, coupler la distribution de préservatifs à une véritable éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle.  Ou pour doter les pays pauvres des médicaments les plus performants pour éviter la contamination de la mère à l’enfant.

Je me fous du point de vue moral et individuel sur la question. Chacun s’arrange avec sa vie.

Mais prétendre de manière simpliste qu’une politique publique de prévention des risques (IST, HIV, grossesses précoces, etc.) repose sur la seule distribution de préservatifs et leur utilisation automatique et subséquente par la masse, c’est vraiment prendre les êtres humains pour des imbéciles et, de manière subsidiaire, affirmer qu’on peut jeter l’argent par la fenêtre. Il doit y avoir peu d’acteurs de la prévention du Sida en Communauté française qui partagent ce point de vue. Mais je m’avance peut-être…

Peut-on imaginer sereinement d’encore renforcer dans ce sens notre politique de prévention pour éviter  ici les trois contaminations par jour, et en Afrique une véritable hécatombe? Rien dans la résolution du parlement fédéral ne permet d’emprunter des voies novatrices.

5 réponses à “[Belgique - Vatican : une résolution pour rien]”

  1. Hugues a dit :

    Je suis on ne peut plus d’accord avec ton article !


  2. On peut regretter les interventions de Rome.

    Il y a cependant la manière de traiter ce dossier comme il l’a été , le niveau intellectuel et les motivations de nos représentants, qui laissent un petit gôut d’amertume.

    Nos parlementaires auraient pu se documenter, élever le débat, mobiliser l’opinion publique et agir positivement pour la cause des victimes de la pandémie en Afrique en montrant de l’intérêt, de la compassion à l’Afrique sub-saharienne.

    A ce sujet, les débats internet ont été riches et instructifs. Mais, las, il semblent qu’ils n’arrivent pas aux services de documentation de la Chambre et du Sénat ou des Partis.

    Heureusement, on ne parle pas trop de cette motion dans la presse internationale qui a déjà laissé tomber le cas du Vatican pour se pencher sur le cas de la Belgique-paradis fiscal. Chacun son tour dans le match de polochon médiatique.

    Ce sont les résultats de la tyranie de la “com” derrière laquelle courent nos femmes et hommes public, toujours dans le coup, courent au grand dam du libre examen et de la diplomatie.
    Espéront que la prochaine fois, on entendra les explications de toutes les parties pour se faire une opinion juste et éclairée sur un problème qui mérite tout notre engagement d’ancien colonisateur. Donc plus de pratique du libre examen chère à Martin Luther.

  3. Deutsch a dit :

    Je suis d’accord avec JPL pour condamner l’attitude incroyable de nos politiciens dans ce dossier.
    JD

  4. biart a dit :

    Je n’ai lu de la résolution que des extraits parus dans la presse et demande aux parlementaires de bien vouloir me pardonner si je ne leur rend pas justice. J’eusse trouver très utile une résolution débutant par l’expression de la volonté que l’aide publique au développement de la Belgique ne soit pas affectée par la crise économique (désir du pape) et le souhait que notre pays soutienne les campagnes de prévention et de cure du sida. Côté cure, cela requiert la mise à disposition au moindre coût des médicaments utilisés actuellement chez nous (autre souhait du pape). En ce qui concerne la prévention, le mieux que notre pays puisse faire est de co-financer les campagnes qui, en Ouganda notamment, visent à la généralisation de comportements sexuels responsables, notamment par l’usage du préservatif. Le pape ne ferme pas la porte à cet égard. Il a simplement dit que “s’il n’y a pas d’âme, si les Africains ne s’aident pas”, la distribution de préservatifs aggrave (version orale) ou risque d’aggraver (version écrite qui fait foi) le problème. Il serait bon de lui demander d’être plus clair et de soutenir les campagnes de prévention dans leurs divers aspects.Une telle intervention n’est pas servie par la condamnation de propos qui ne sont inacceptables que dans leur version tronquée. Les premières réactions ministérielles étaient justifiées puisque cette version seule était largement diffusée. Après les mises au point largement disponibles, il n’était plus approprié de s’en tenir là.

    Permettez-moi une remarque adventice. Dans le Courrier de l’Escaut de ce 7 avril, je lis qu’un député CDH ne s’est pas senti en mesure de braver sa présidente, qui aurait intimé de soutenir la résolution, et,pour se mettre en règle avec sa conscience, n’a trouvé d’autre moyen que de quitter l’hémicycle. Où va-t-on si la fuite devient la seule forme possible de courage politique?

    Michel Biart

  5. balcaen patrick a dit :

    C’est une prise de position intéressante et bien documentée. J’avais modestement attiré à l’époque l’attention sur la question dans “du numerus clausus au préservatif”, une carte blanche restée célèbre :-)


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